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2018 - 29 janvier au 1er février - Heureux les sobres ! Vivre l'espérance de Laudato Si'
La session annuelle de formation du Ceras de 2018 invitera les participants à entrer dans une dynamique d'espérance : en analysant la situation, en partageant des expériences de sobriété heureuse, en visitant des lieux où s'inventent des réponses aux défis sociaux et environnementaux... lire la suite...
2017-décembre - Le bien commun par-delà les impasses
Cet ouvrage , sous la direction de Paul Dembinski et Jean-Claude Huot, est paru en 2017 aux éditions Saint-Augustin. Il est issu d'un colloque organisé à l'Université de Fribourg (Suisse) en septembre 2015 lire la suite...
2017 - novembre - Le paradis végétarien, méditations patristiques
L’auteur de ce livre, Robert Culat, est prêtre du diocèse d’Avignon et végétarien militant. Il est déjà auteur d’un petit opuscule intitulé Médiations bibliques sur les animaux. Ici, il interroge le véganisme à partir du livre de la Genèse et de textes des Pères de l'Eglise. lire la suite...
2017 - juin - Tous utiles, tous acteurs
Les évêques de France se prononcent régulièrement sur la question du travail : pourquoi ont-ils choisi de publier à nouveau un texte en juin 2017 ? lire la suite...
2017 - avril - Bien commun et entreprise
Les Entrepreneurs et Dirigeants chrétiens viennent de publier un numéro des « cahiers des EDC » sur Bien commun et entreprise – un chemin de discernement pour le dirigeant chrétien. lire la suite...
2017 - à partir du 13 mars - Clameurs
Après "Jeunes et engagés", le webdocumentaire présentant la doctrine sociale de l'Eglise à travers le témoignage de jeunes qui la font vivre au quotidien, le Ceras vient de mettre en ligne ce 13 mars 2017 la première partie de "Clameurs", une websérie présentant l'encyclique Laudato Si'. lire la suite...
2017 - 6 mars - Du côté du bouddhisme... une nouvelle approche pour l'économie
Depuis 2013, l'université de Berkeley propose à ses étudiants un enseignement de "Buddhist economics" ou l'application de principes bouddhistes à l'économie. Cette nouvelle discipline était l'objet du "billet économique" de Marie Viennot, ce 6 mars 2017, sur France culture. lire la suite...
2016 - septembre - Laudato Si', en marche vers la conversion écologique
Le n°7 de "Documents Episcopat", de septembre 2016, revient sur l'encyclique Laudato Si' pour en fournir des clés de lecture et dégager des pistes d'action. lire la suite...
2016 - mai - Une histoire des papes, de Pierre à François (Lessius, 2016)
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« Cap 2025 » : quand les scouts font de la politique

Jean Merckaert
25 octobre 2014

rédacteur en chef de la Revue Projet

La pensée sociale de l’Église n’est pas seulement un corpus de textes aux titres latins ; elle est aussi la vision du monde portée par des chrétiens qui s’engagent dans la société. Le plus souvent, ces personnes et ces groupes contribuent à cette pensée sociale comme Monsieur Jourdain fait de la prose. C’est le cas des Scouts et Guides de France (SGDF), mouvement qui surprend par son dynamisme (70 000 jeunes) et qui s’interroge de façon innovante sur sa place et son rôle dans la construction d’un monde plus juste, plus fraternel.

J’ai eu la chance d’être invité à « Cap 2025 » : du 29 au 31 mai, plus de 500 cadres du mouvement se sont rassemblés à Jambville (Yvelines), en présence de nombreux scouts étrangers et d’autres confessions, pour penser les orientations à l’horizon 2015-2020. « Aider chaque jeune à devenir un citoyen utile, actif, heureux et artisan de paix » : cette ambition, inchangée, suppose que le mouvement s’adapte aux évolutions, rapides, du monde. Oui, mais lesquelles ?

Evangéliser l’incertitude

Pendant deux ans, un groupe d’une vingtaine de personnes, pour moitié extérieures au scoutisme, a élaboré quatre scénarios prospectifs à 2050, comme autant de « miroirs déformants des évolutions possibles de notre société ». Chacun fait l’objet d’un petit livret présentant à quoi pourrait ressembler la vie de la jeune Ursule, 16 ans :

« La débrouille » donne à voir une gestion raisonnée mais subie de la pénurie des ressources, se conjuguant avec une forte religiosité et une ethnicisation des quartiers urbains.

« L’algorithme » voit une petite équipe intergénérationnelle, dans un cadre strict fixé par l’Etat, rythmer la vie d’Ursule du matin au soir, dans une société où parallèlement la recherche du bonheur individuel prime sur toute autre considération.

Dans « L’entrepreneuriat », les entreprises ont occupé l’espace laissé vacant par les pouvoirs publics : santé, éducation, culture, jusqu’aux noms de rue… Plus rien ne leur échappe, et Ursule semble enfermée à vie dans son quartier, qui lui procure tout ce dont elle a besoin.

Le scénario de « La communauté » évoque la consécration d’une société horizontale, empreinte de démocratie participative, autonome aux plans énergétique et alimentaire, mais où le collectif peut devenir pesant et où l’étranger continue de faire peur.

Ces quatre scénarios plantent une Ursule conforme à la sociologie moyenne du scoutisme français d’aujourd’hui, faisant peu de place à l’international, à la grande pauvreté et aux milieux ruraux. Ils ont en commun d’être lourds d’incertitudes, qui seront relevées dans des jeux de rôles et par la discussion en petits groupes. Incertitudes quant au sort d’une planète qui fonce dans le mur climatique et écologique ; quant à la place des multinationales et de la finance ; quant au devenir des institutions éducatives ; quant à la qualité du relationnel à l’heure numérique ; quant au devenir de notre identité, de nos croyances, dans un monde toujours plus fluide ; quant à la place du politique et à sa capacité à répondre aux défis de notre monde.

Mais les Scouts et Guides affichent une belle espérance : « que les défis nous paniquent ou nous enthousiasment, une chose est sûre : il faudra les relever. Et relever les défis, c’est un peu notre spécialité ». « Comme chrétiens, on ne peut pas regarder l’avenir en ayant peur ». L’enjeu, dès lors ? « Évangéliser l’incertitude » !

Parler de l’avenir

Comment se traduit ce regard bienveillant vers l’avenir ? Très diversifiées, les configurations familiales dans lesquelles évolue Ursule sont accueillies avec sérénité. Le repli de l’État, lui aussi, est pris pour une donnée avec laquelle il faut désormais composer. L’on prend le temps de repérer les signes de l’invention dès aujourd’hui, par de multiples initiatives, d’un monde plus vivable, plus fraternel et plus respectueux du milieu dans lequel évolue l’humanité. Surtout, c’est la méthode même qui est source d’espoir. Exemple, dans un petit groupe : le retour aux circuits courts dans le domaine alimentaire est d’abord identifié comme une nouvelle tendance. Celle-ci pose-t-elle question aux « SGDF » ? « - Non, c’est économique » « - Mais veut-on que le scoutisme ait un rôle social, ou qu’il reste passif ? ». Autre évolution identifiée, « la nature devient une marchandise de luxe »… et le groupe doit formuler un défi au mouvement : « En 2025, saura-t-on emmener à chaque camp des personnes qui n’ont jamais vu la nature ? ».

En filigrane, jamais explicitement, de grands principes de la doctrine sociale de l’Église irriguent la discussion. Le besoin est affirmé d’une articulation entre initiative individuelle, solidarités de proximité et réponses institutionnelles, et l’on pense « subsidiarité ». On craint une confiscation de la Création par quelques-uns ? Elle heurterait de front la « solidarité » et la « destination universelle des biens ». Seule l’évocation de l’option préférentielle pour les pauvres se fait plus discrète. Mais le processus ne s’arrête pas là : il revient désormais aux chefs, dans chaque région, de recenser ou d’imaginer les initiatives concrètes à même de répondre aux grands défis identifiés par le mouvement pour 2025.

2025… « Quelle est la dernière fois qu’un responsable politique vous a parlé de l’avenir ? » questionne Yannick Blanc, président de la Fonda : « C’est aux associations qu’il revient de proposer, d’imaginer des réponses pour l’avenir ». Trop longtemps, la prospective est restée l’affaire des spécialistes. Voilà pourtant un formidable terreau démocratique. Une occasion de parler du « bien commun ».

Le mot « politique » fait peur dans le mouvement à foulards, qui se veut apolitique. Est-il pourtant démarche plus noblement politique que d’imaginer le monde que nous voulons construire ensemble ?

article paru dans la Lettre des Semaines sociales de France, juillet 2014

photo Jamboree 2007 © Superchilum GFDL & CC-BY3.0

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