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05 juillet 2026

Magnifica Humanitas : Habiter le chantier de notre temps

Postface de Magnifica Humanitas (édition commentée)

Michael Czerny, Jésuite, Préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral

Au terme de ce volume, le lecteur qui en aura parcouru les pages pourra reconnaître que Magnifica humanitas offre à l’Église et au monde bien davantage qu’une simple évaluation magistérielle de l’intelligence artificielle. L’analyse de l’impact des nouvelles technologies numériques devient en effet l’occasion de réfléchir d’une nouvelle façon, sur l’homme, sa véritable identité et sur le drame de sa liberté.

C’est dans cette perspective que s’inscrit cette dernière contribution, consacrée au lien entre l’introduction et la conclusion de l’encyclique, avec la conviction que leur rapprochement fait apparaître en filigrane la trame théologique qui porte l’ensemble du document. 

Ma proposition de lecture est simple[1] : les premières pages de l’encyclique posent quelques questions décisives sur la manière dont l’humanité construit son avenir, tandis que les dernières montrent comment ces interrogations trouvent une réponse chrétienne dans les vertus théologales, vécues dans l’histoire et portées par la prière. 

L’encyclique ouvre ce cheminement en mettant en regard Babel et Jérusalem. Le choix est parlant, car les deux villes évoquent une œuvre humaine partagée. Dans l’une comme dans l’autre, on bâtit, et l’on bâtit ensemble. Toutes deux sont des chantiers collectifs, chacune avec son projet et son organisation. 

Le point décisif tient toutefois à l’orientation du désir qui anime la manière de bâtir. Babel se referme sur elle-même, transforme l’intelligence humaine en un acte d’autosuffisance, montrant comment l’unité recherchée sans Dieu, en définitive, conduit à la dispersion des langues, c’est-à-dire à la fragmentation et à la désagrégation. La reconstruction des murailles de Jérusalem indique, au contraire, une entreprise où l’intelligence humaine, mise au service de Dieu, exprime la forme la plus haute de l’acte de bâtir : une action capable de promouvoir et de faire s’épanouir la dignité de chaque personne. 

De cette manière, Magnifica humanitas pose d’emblée une question qui traverse tout le texte : quel visage prend l’activité humaine lorsqu’elle dispose d’outils toujours plus performants ? La question concerne certes l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies, mais elle va plus loin : le progrès des moyens techniques s’accompagne-t-il d’une croissance de la responsabilité, ou bien expose-t-il la personne humaine à de nouvelles formes d’exclusion et à des réductions de sa dignité ? 

Les repères anthropologiques de l’acte de bâtir 

L’introduction reprend cette question par une démarche herméneutique : elle déplace l’attention de l’évaluation de la puissance des moyens techniques vers les conditions de vie qu’ils contribuent à façonner. Il convient de se demander non seulement jusqu’où ces moyens sont capables de transformer la réalité, mais aussi dans quelle direction ils le font. Autrement dit, si les possibilités ouvertes par l’innovation favorisent des relations plus justes, des institutions plus attentives à la personne et un avenir véritablement partagé. 

C’est pourquoi l’encyclique lance d’abord un appel à toutes et à tous : être attentifs à la manière dont nous bâtissons ensemble. Les systèmes d’intelligence artificielle s’insèrent en effet dans les processus politiques, économiques, sociaux, culturels, éducatifs et de communication qui influencent en profondeur la qualité de la vie commune. Bâtir ensemble apparaît ainsi comme une réponse à la tentation de se laisser porter par un progrès technologique poursuivi pour lui-même et, en même temps, comme un rempart face à ses possibles effets désagrégateurs. 

Pour les croyants, cette invitation prend un sens particulier : redécouvrir et valoriser la synodalité comme manière de construire ensemble en tant qu’Église (MH 10). La synodalité rend en effet visible dans l’action, la communion dont naît et grandit l’Église. Comme forme concrète de présence, d’écoute et de coresponsabilité, l’Église permet aux croyants d’entrer dans le chantier de l’histoire sans craindre de « se salir les mains » (MH 16). 

L’introduction, toutefois, ne se limite pas à lancer un appel à la coopération. Elle propose une « grammaire de l’acte de bâtir », en indiquant quelques repères anthropologiques essentiels pour comprendre comment l’œuvre commune peut être véritablement orientée vers le bien de la personne. Cette grammaire s’organise autour de quatre éléments : désir, limite, coresponsabilité, discernement. 

Le premier élément mis en avant par l’encyclique souligne le désir humain de bonheur (MH 11). Les nouvelles technologies promettent une vie plus facile et moins exposée à la souffrance. L’encyclique prend ce désir au sérieux, parce qu’il appartient à la structure profonde de l’être humain, et invite à le préserver dans sa vérité. Lorsque le bonheur se réduit à la performance ou au contrôle, il risque d’appauvrir la personne ; lorsqu’il est éclairé par la foi, il retrouve sa juste mesure dans la relation à Dieu, aux autres et à la maison commune. 

Le désir doit toutefois se confronter à la réalité de la limite (MH 12), inhérente à la condition de l’être humain, qui rappelle que la vie est un don reçu demandant à être protégé. C’est pourquoi retrouver le sens de la limite aide l’intelligence humaine à sortir de l’illusion de l’autosuffisance. Lorsque la fragilité n’est vue que comme une imperfection à corriger ou à éliminer, il devient plus difficile de reconnaître la valeur des vies marquées par la maladie, la vieillesse ou le handicap. 

De la reconnaissance de la limite naît une coresponsabilité courageuse (MH 13). L’image consistant à bâtir « chacun sa portion de mur » traduit concrètement le principe de subsidiarité : le bien commun grandit lorsque chaque acteur peut apporter sa part et être soutenu pour la réaliser. Personne ne possède le projet dans son ensemble, personne ne le bâtit seul. La subsidiarité apparaît ainsi comme une forme ordonnée de participation, dans laquelle personnes, communautés et institutions contribuent selon leurs compétences et leurs vocations propres.

Cette coresponsabilité a toutefois besoin de critères de discernement (MH 14). Les principes de la doctrine sociale de l’Église aident à interpréter les processus historiques, à évaluer les promesses de la technique et à distinguer ce qui sert la personne de ce qui l’expose à de nouvelles formes de dépendance ou d’exclusion.

Cette introduction de l’encyclique remplit donc une fonction précise : elle ouvre la réflexion et prépare le lecteur à comprendre les questions qui se déploieront dans les chapitres suivants. Les commentaires réunis dans ce volume pour aider à la lecture de l’encyclique en ont déjà exploré de multiples aspects. Je souhaite donc m’arrêter seulement sur deux points qui permettent de préciser qui est le sujet habitant le chantier de la technique. L’ingéniosité révèle la grandeur de l’homme qui conçoit et crée des outils nouveaux ; la conscience préserve son irréductible singularité, empêchant que cette grandeur ne soit réduite à la seule performance cognitive ou à la capacité opérationnelle de systèmes artificiels et productifs. 

L’ingéniosité et la condition de créature 

La première étape tient au regard que Magnifica humanitas porte sur l’intelligence artificielle. L’encyclique se tient à distance aussi bien des lectures enthousiastes que des discours alarmistes, en reconnaissant d’abord ce que ces systèmes révèlent de la capacité humaine à connaître, à concevoir et à transformer le monde. Avant de s’interroger sur les risques et les responsabilités qui accompagnent leur développement, elle invite à voir dans l’intelligence artificielle une expression marquante de l’ingéniosité humaine. À partir de ce point de départ, on comprend pourquoi l’humanité peut légitimement être fière de ce qu’elle a su faire naître grâce au travail de tant d’hommes et de femmes issus des milieux scientifiques, technologiques et économiques.

Il y a pourtant quelque chose de plus profond qui mérite d’être reconnu : dans l’intelligence artificielle, l’humanité peut entrevoir un reflet d’elle-même, de sa capacité à l’abstraction et à l’apprentissage, jusqu’à cette recherche d’ordre dans la complexité qui caractérise la pensée. Toute conquête de l’intelligence humaine révèle quelque chose de la grandeur de la personne et, pour celui qui croit, renvoie au mystère de la condition de créature : l’homme, fait à l’image de Dieu, participe de manière finie à la créativité divine. Une telle perspective permet d’affronter les défis de l’intelligence artificielle avec discernement dans une liberté qui reconnaît la valeur de l’ingéniosité humaine tout en en mesurant la responsabilité. 

Le discernement devient d’autant plus indispensable que les changements introduits par les nouvelles technologies avancent à une vitesse qui dépasse les processus culturels, politiques et éducatifs par lesquels les sociétés assimilent les grandes mutations historiques. Le pape François lui a donné en espagnol le nom de rapidación (accélération) : « L’accélération continuelle des changements de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui avec l’intensification des rythmes de vie et de travail » (Laudato si’, 2015, § 18). 

Alors que la révolution industrielle a peu à peu transformé la manière de travailler et d’habiter le monde, en influençant progressivement la famille et l’économie, la transition numérique avance par à-coups, parfois en l’espace de quelques mois. C’est dans ce contexte que l’encyclique invite à entrer en conscience « sur le chantier de notre temps ». L’image est à la fois sobre et parlante : un chantier est un lieu ouvert et inachevé, en devenir, exigeant la coopération de compétences diverses mais, surtout, un projet partagé, car chaque choix influe sur l’ensemble de l’ouvrage. L’avenir de l’intelligence artificielle est lui aussi un chantier. Elle peut contribuer à une cohabitation plus juste et au soin de la maison commune, en se mettant au service du développement des peuples ; elle peut aussi concentrer le pouvoir et aggraver les inégalités, en laissant de côté celles et ceux qui sont déjà en marge. L’orientation dépendra de la qualité des choix humains et des institutions qui les accompagnent, et, au bout du compte, de la capacité à maintenir l’innovation au service du bien commun, puisque la technique, en elle-même, laisse indéterminée l’issue de son propre développement.  

La conscience, au cœur de la question anthropologique 

C’est précisément parce que l’intelligence artificielle révèle quelque chose de la capacité de l’être humain à connaître et à concevoir, qu’il devient nécessaire d’éclairer ce qui, en lui, dépasse toute production technique et toute simulation fonctionnelle. La réflexion sur l’ingéniosité conduit, presque par nécessité, à la question de la conscience qui constitue le centre anthropologique de l’ensemble du document. 

La vision proposée par Magnifica humanitas a un point focal très précis : l’homme est « une créature insérée dans un réseau de relations avec les autres êtres vivants et avec la création tout entière » (MH 237). L’intelligence artificielle touche donc à la qualité des liens dans lesquels nous vivons, et modifie l’environnement où prennent forme nos décisions et nos relations. La question de la technique devient ainsi indissociable de la question de l’homme : de ce qu’il est, de la manière dont il habite le monde et de la forme qu’il souhaite donner à la vie commune. 

Au cœur de cette interrogation se situe une question aujourd’hui très débattue : peut-on parler de conscience à propos des systèmes d’intelligence artificielle les plus avancés, et, si oui, en quel sens ? C’est une question sérieuse qui mérite attention et recherche ; elle dépasse le seul champ technique, car elle touche au sens de l’expérience et de l’intériorité, de la subjectivité et de la liberté, et demeure, à ce titre, ouverte à diverses interprétations. 

L’Église accueille ce débat avec respect et reconnaît la valeur de la recherche scientifique et philosophique qui l’accompagne ; toutefois, son écoute s’enracine dans une vision de l’être humain, reçue de la Révélation et mûrie au sein de sa tradition vivante. C’est pourquoi demeure incontournable l’affirmation du concile Vatican II, selon laquelle la conscience est « le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (Gaudium et spes,1965, § 16). Dans la perspective conciliaire, la conscience désigne l’intimité personnelle où l’être humain est rejoint par la voix de Dieu et reconnaît le bien, percevant l’appel de la vérité et devenant capable d’y répondre. Elle relève de la vocation singulière de l’homme, appelé à se tenir devant Dieu comme interlocuteur et partenaire de l’Alliance. Dans cette compréhension de l’humain se mesure la distance qui sépare toute simulation, si sophistiquée soit-elle, de la personne vivante ; la conscience indique le lieu où la créature se découvre appelée et responsable et elle dépasse en cela toute performance cognitive. 

Le chemin parcouru jusqu’ici permet de revenir, avec davantage de précision, au lien entre l’introduction et la conclusion de l’encyclique. L’introduction a posé la question de l’orientation du bâtir humain ; la confrontation avec l’ingéniosité et la conscience a montré qu’une telle construction demande un sujet capable de produire des instruments puissants et, en même temps, un sujet qu’on ne peut pas réduire à une logique de performance. La conclusion de Magnifica humanitas reprend cet itinéraire et le conduit à son niveau théologal : l’œuvre humaine, à l’époque de la technique, est reconduite à la relation à Dieu qui façonne le désir, engendre la communion et soutient l’espérance dans l’histoire. 

L’accomplissement théologal 

Dans cette perspective, chaque élément de la « grammaire du bâtir » trouve son plein accomplissement chrétien. Le désir, la limite, la coresponsabilité et le discernement sont assumés concrètement dans l’existence croyante où la foi ouvre à la contemplation du dessein de Dieu, la charité jaillit de la communion eucharistique, et l’espérance soutient l’engagement historique des disciples. 

La foi ouvre avant tout à la contemplation du dessein de miséricorde qui traverse l’histoire (n. 230). Pour bâtir dans le bien, il faut que le chemin humain soit soutenu par une logique de don, dont le centre est le mystère de l’Incarnation : le Verbe assume la condition humaine, il entre dans la chair fragile de l’homme et la transforme en lieu de salut (MH 232). Ainsi, le thème de la limite, annoncé dans l’introduction, reçoit sa réponse christologique : ce qui paraissait être le signe d’une finitude est assumé par le Fils et ouvert à la rédemption. La récapitulation dans le Christ mène cette dynamique à son terme, puisque ce qui est authentiquement humain est purifié et transfiguré pour être remis au Père (MH 233) ; la limite se révèle ainsi comme le lieu de la rencontre entre l’humain et le divin. 

La charité trouve dans l’Eucharistie sa source sacramentelle. Le bâtir ensemble, qui dans l’introduction avait été présenté comme la forme synodale de l’agir des croyants, reçoit ici son fondement le plus profond : le Corps du Christ donné pour la vie du monde fait naître l’Église comme corps appelé à la communion (MH 234-235). La communion eucharistique façonne la manière chrétienne d’habiter l’histoire, en apprenant à reconnaître l’autre comme frère ou sœur et à en porter le poids dans le partage de la responsabilité de l’œuvre commune. Dans cette perspective, la synodalité du bâtir apparaît comme l’expression historique de la charité que l’Eucharistie nourrit et rend possible. 

L’espérance donne au chemin sa densité historique. Construire la civilisation de l’amour, c’est continuer à coopérer à l’œuvre que le Christ a inaugurée dans le mystère pascal (MH 236). C’est à cette lumière que se comprend l’« anthropocentrisme situé » proposé par l’encyclique : les possibilités techniques sont accueillies au sein d’un chemin de sagesse, orienté vers la dignité de la personne et le soin de la maison commune (MH 237). Le discernement indiqué dans l’introduction devient alors une responsabilité concrète, capable de se traduire dans l’éducation, le soin des relations, la valorisation de la présence physique et l’union entre prière et engagement actif (MH 238-241). La coresponsabilité courageuse annoncée au début prend ainsi le visage d’un service ecclésial capable d’habiter le temps présent avec confiance et lucidité. 

La prière ouvre la vie théologale à l’action de l’Esprit. Marie est, dans l’Église, celle qui sait reconnaître, au fil des trames de l’histoire, l’action cachée de Dieu qui oriente toute chose vers son accomplissement dans le Christ (MH 243). Son regard apprend à lire les événements du point de vue des petits, en reconnaissant ce que les logiques de l’efficacité peinent à voir (MH 244). Tisser l’espérance signifie alors orienter l’intelligence artificielle afin qu’elle devienne, dans le temps présent, un passage possible vers la civilisation de l’amour (MH 245). 

La forme historique de l’espérance 

L’accomplissement théologal de l’acte de bâtir ne soustrait pas le croyant à l’histoire, mais le ramène, avec une responsabilité accrue, vers les lieux où l’espérance est appelée à prendre corps. C’est pourquoi la conclusion de l’encyclique évoque la civilisation de l’amour comme horizon ultime et, en même temps, elle en propose des lieux de vérification historique, où le discernement sur l’intelligence artificielle prend le visage concret du soin de la maison commune et de l’éducation des nouvelles générations. 

Magnifica humanitas met en lumière l’impact de l’intelligence artificielle sur la création et s’inscrit, sous cet angle, dans une grande continuité avec Laudato si’ (2015) et Laudate Deum (2023), où le pape François rappelait que la puissance technique, lorsqu’elle se détache d’une sagesse capable de préserver les relations, peut se muer en domination sur la personne et sur la création. À l’ère de l’intelligence artificielle, cette prise de conscience prend une urgence nouvelle : les systèmes les plus avancés exigent des infrastructures énergétiques d’une ampleur considérable, de sorte que, déjà sur le plan matériel, la transition numérique est une question écologique. Le chantier numérique et celui de la maison commune se rejoignent dans la même interrogation : quel monde sommes-nous en train de bâtir, et quelle place y tient la personne humaine ? 

Le deuxième volet concerne les nouvelles générations, car ce sont elles qui habiteront le monde en train de se bâtir aujourd’hui. La technologie apporte des outils nouveaux et marque l’expérience quotidienne dans laquelle elles grandissent ; éduquer, c’est donc les aider à traverser cette époque avec liberté intérieure et esprit critique. L’encyclique rappelle la nécessité « d’éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective » (MH 238). Éduquer à l’heure de l’intelligence artificielle, c’est former des personnes capables d’utiliser des outils puissants sans perdre le goût de la rencontre réelle et de la relation personnelle, en gardant la disposition à l’écoute. Dans cette tâche éducative, la grammaire du bâtir et la vie théologale se rejoignent : le désir est préservé dans sa vérité et la limite est accueillie comme un lieu d’humanité, tandis que la coresponsabilité devient un mode de vie habituel et le discernement un habit de liberté.

La civilisation de l’amour comme tâche 

Au terme de ce parcours, l’écho entre l’introduction et la conclusion met en lumière la profonde cohérence de Magnifica Humanitas. L’encyclique s’ouvre en demandant quelle forme doit prendre l’acte de bâtir à l’époque de la puissance technique ; elle se referme en montrant que, pour les croyants, cette question engage la forme même de la vie chrétienne. Bâtir dans le bien, c’est se laisser former par la foi afin de faire naître la communion dans la charité en soutenant l’engagement historique par l’espérance. La conclusion mène à son terme la métaphore posée au début : Babel et Jérusalem posent la question de l’orientation de l’œuvre humaine, et la civilisation de l’amour en révèle l’accomplissement. 

En tant que chrétiens, nous entrons dans ce chantier avec une espérance déterminée, profondément enracinée en Celui qui est descendu du ciel pour ouvrir ici-bas une histoire nouvelle (MH 240). L’encyclique l’exprime avec des mots d’une grande intensité : « dans l’humble fidélité de chaque jour, l’ère de l’IA peut elle aussi devenir un passage par lequel l’Esprit fait mûrir la civilisation de l’amour dans notre vie » (MH 245). Dans cette affirmation, on reconnaît la force propre de l’espérance chrétienne : au cœur des transformations que nous traversons, la vie de tous les jours demeure le lieu concret où peuvent mûrir la fraternité et une authentique croissance humaine. Cette confiance naît de la vérité sur la personne que le Christ révèle et conduit à sa plénitude : tout être humain est appelé à la communion avec Dieu et à la liberté de ses enfants, ce qui s’accomplit dans le don de soi. À la lumière de cet appel, la personne dépasse toujours la somme de ses performances et le profil de ses données, tout comme toute simulation technique possible. 

En ce sens, Magnifica humanitas confie à l’Église une responsabilité précise : investir les chantiers de l’histoire avec une manière d’être qui lui est propre, synodale dans sa méthode, enracinée dans les vertus théologales, et donc tournée vers le service pastoral de la personne. Préserver cette vérité et cette liberté au cœur des transformations de notre époque, telle est la mission que l’encyclique confie à ses lecteurs. Le présent volume a voulu accueillir cet appel, en proposant une première lecture du chantier que Magnifica humanitas ouvre au discernement de l’Église et à la responsabilité de tous. 

Rome, 5 juillet 2026 (Original en Italien).

[1] Mes remerciements sincères à Mgr Christian Barone (Rome) pour avoir fourni l’excellent brouillon original de cette postface. Un texte analogue est disponible en anglais dans Magnifica Humanitas: Safeguarding the Human Person in the Time of Artificial Intelligence (New York, Orbis Books, 2027).