Qui sont les cathos aujourd'hui ?

DDB, 19/09/2014, 336 p.
Yann Raison du Cleuziou, Maître de conférences en science politique
Qui sont les cathos aujourd'hui ?

 « Qui sont les cathos aujourd’hui ? » L’instruction, par Yann Raison du Cleuziou, de cette question sur l’avenir de l’Église de France revient à l’association Confrontations. S’écartant d’une approche statistique du déclin du catholicisme (diminution des baptêmes, des ordinations…), les auteurs de cette étude proposent une approche plus sociologique pour appréhender la « crise » de l’Église, la pratique et la foi. Ainsi s’intéressent-ils à la façon dont les catholiques se les représentent et s’attachent à une prise en compte de la dimension « contextuelle » pour comprendre les faits et les trajectoires personnelles. À partir d’entretiens, une typologie de profils variés s’élabore : les inconciliables (chap. 1), les blessés de l’institution (chap. 2), les artisans de la reconstruction (chap. 3), la jeunesse décomplexée (chap. 4). Une deuxième partie permet de rendre compte des représentations des manières d’être catholique ; les relations entre le clergé et les laïcs ; l’exercice du pouvoir au sein des institutions ; la réception de l’image renvoyée dans les médias. Si l’on peut s’égarer parmi les multiples catégories proposées, cet ouvrage fait prendre conscience de la complexité de l’identité catholique actuelle. Des clivages dominants (notamment entre générations), mais aussi des points de vue récurrents (le manque de reconnaissance du rôle joué par les femmes et les laïcs) sont mis en valeur à travers les différentes interprétations des difficultés de l’Église. Dans une analyse bourdieusienne, Y. Raizon du Cleuziou revient sur le clivage générationnel : il ne s’expliquerait pas par « l’âge qui oppose », mais par le contexte dans lequel les individus sont formés. Les militants de l’Action catholique des années 1960 ont développé une vision de la chrétienté ayant à embrasser la vie ordinaire, passant par l’engagement politique, après une période de guerres mondiales et coloniales où le silence de l’Église a pu être perçu comme un assentiment. À l’inverse, les jeunes « tradis » se construisent à partir d’un sentiment de minorité, renforcé par la visibilité croissante des musulmans au sein de la société française. En l’absence de lieux rassemblant ces différentes sensibilités, une transmission rendant possible la connaissance de leur historicité est-elle assurée ?

Marie Drique