En signe de communion avec le chemin synodal de l'Église et en préparation de la COP30, la Commission Spéciale pour l'Écologie Intégrale et l'Exploitation Minière de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB) a publié le «Manifeste pour une écologie intégrale». Il s'agit d'un document profondément enraciné dans la spiritualité chrétienne et la tradition prophétique de l'Église d'Amérique latine. Un modèle du genre, pour traduire Laudato si’ dans un contexte particulier!
Ci-dessous, une présentation du Manifeste, suivie du lien vers le document lui-même
Ce manifeste naît en quelque sorte de la clameur qui monte dans la poussière des mines, là où sont exploités les plus pauvres, dans le contexte de désastres humains et environnementaux très précis (à Mariana, à Brumadinho). Cette clameur exprime la souffrance en même temps que la résistance de toutes ces populations que le modèle extractiviste sacrifie, au nom du progrès. Il y est question de terres empoisonnées, de rivières mortes, de corruption des autorités, de promesses de réparation trahies. Le texte parle des “architectures de l’impunité” qui ont suivi les crimes miniers et insiste sur le fait que la justice reste inachevée, car les victimes n’ont pas été entendues. En même temps, il rend hommage à ceux qui résistent et reconstruisent : les communautés de base, les pastorales rurales, les défenseurs de la forêt et de la vie, les martyrs de l’Amazonie.
Ce que subissent, ici, les pauvres et la terre, conduit au constat que le capitalisme global et extractiviste est structurellement insoutenable. Il ne se contente pas d’exploiter la nature : il transforme les humains eux-mêmes en ressources, jusqu’à l’« uberisation » de leurs existences. Il dénonce lui aussi les fausses solutions proposées au nom de la transition écologique – « capitalisme vert », « green mining », marchés du carbone – qui ne rompent pas avec la logique de profit et d’accumulation, mais la prolongent sous d’autres formes. En ce sens, le manifeste se situe clairement dans une perspective de rupture : il affirme que le modèle capitaliste « n’est pas réformable » (beyond redemption) et que seule une conversion structurelle, éthique et spirituelle peut ouvrir la voie à une société juste et durable. Et pour les évêques brésiliens, cette voie sans issue est attachée aux grandes valeurs de la modernité occidentale (qui sépare humain et nature, esprit et matière, technique et vie, et qui conduit à la perte de sens, à la montée du patriarcat, à la xénophobie et au fondamentalisme religieux).
Ils proposent donc ici un contre-récit, pour prendre le contre-pied de ce modèle. En l’occurrence une narration chrétienne libératrice, enracinée dans les traditions bibliques et latino-américaines de la théologie de la libération : une Église qui choisit les pauvres, les peuples autochtones, les « marges de la planète », et qui s’engage à leurs côtés pour défendre la vie et la terre. Par exemple, pour donner une voix à la terre, le texte s’ouvre sur les mots du poète Carlos Drummond de Andrade, témoin précoce de la destruction des montagnes de son État natal. Le texte introduit aussi une très belle théologie cosmique : le Christ ressuscité est présent dans toute la Création, et chaque atteinte à la nature est une blessure faite au corps du Christ).
Il plaide pour la sortie du paradigme minier et extractiviste, historiquement lié à la colonisation et toujours générateur d’injustices et de catastrophes ; pour une transition post-extractive, reposant sur la justice écologique, la réduction de la consommation et la souveraineté des peuples sur leurs territoires ; pour une réforme agraire et agroécologique, condition d’une alimentation juste, de la biodiversité et d’une économie de proximité ; pour une véritable transformation énergétique, critique de la « transition » néolibérale qui crée de nouvelles zones de sacrifice au Sud au nom de la décarbonation du Nord ; pour une sobriété heureuse, inspirée du pape François : non pas privation, mais plénitude de vie dans la simplicité, contre la logique de croissance infinie.
La dimension pastorale est centrale : il s’agit de faire de l’écologie intégrale un axe de la vie ecclésiale – liturgie, catéchèse, pastorales sociales – en lien avec les communautés de base, les mouvements populaires et les peuples autochtones. L’Église est invitée à rompre avec toute complicité économique ou politique : refuser les dons d’entreprises minières, sortir des investissements destructeurs, affirmer une autonomie spirituelle et financière fondée sur la justice. Et le texte se conclut sur un appel prophétique à l’espérance active : une espérance passive ou consolatrice serait complice du désastre. L’espérance chrétienne est ici militante : elle s’enracine dans le témoignage des martyrs de la Terre – Dorothy Stang, Chico Mendes, Berta Cáceres : la foi se traduit par la lutte pour la justice et la vie.
Ce « Manifeste » constitue une belle appropriation de Laudato si’, qui ne prétend pas avoir une portée universelle, mais veut appeler à une conversion écologique concrète, dans un contexte précis, national, populaire, spirituel, pastoral. Enjeu de libération (théologie de la libération) pour un peuple qui, en se souvenant de sa propre histoire – de la colonisation, des crimes miniers, des résistances paysannes et autochtones, de sa propre mystique aussi – choisit de redevenir acteur de son destin, en réconciliant justice sociale et soin de la Création.