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09 octobre 2025

Introduction à Dilexi te

Une exhortation hautement politique

Marcel Rémon, jésuite, directeur du Ceras

Dilexi te - Je t'ai aimé - "Sur l'amour envers les pauvres", la première exhortation du pape León XIV pourrait être considérée comme un texte « de transition », car il est la reprise par Léon XIV d'un projet commencé par François à la suite de Dilexit nos - Il nous a aimés - la dernière exhortation du précédent Pontife. (DT, 3)

Les historiens et experts des textes du magistère auront à cœur de découvrir les parties propres à Léon XIV de celles déjà rédigées par François. Cependant, la composition même du texte, où se mêlent de multiples références à François avec d'autres issues de la longue tradition de l'Église, souligne combien León XIV fait à la fois sien l'héritage de François, tout en le positionnant dans l'histoire de l'Église. Or, choisir cette option est hautement politique, vu le contexte actuel de l'Église et du monde. « L'amour envers les pauvres » n'est pas un héritage de François, mais des Évangiles mêmes et de toute l'Église.

Le Pape fait le constat que « même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. Le fait que l’exercice de la charité soit méprisé ou ridiculisé, comme s’il s’agissait d’une obsession de quelques-uns et non du cœur brûlant de la mission ecclésiale me fait penser qu’il faut toujours relire l’Évangile pour ne pas risquer de le remplacer par la mentalité mondaine. Il n’est pas possible d’oublier les pauvres si nous ne voulons pas sortir du courant vivant de l’Église qui jaillit de l’Évangile et féconde chaque moment de l’histoire. » (DT, 13)
L'analyse proposée ici n'est pas étayée, car l'accent est mis sur la force d'aliénation culturelle du modèle dominant, faisant des plus pauvres sinon des non sujets, voire des problèmes ou des ennemis. Nous sommes face à une vision dominante du monde fondée sur l'égoïsme, véritable structure de péché (DT, 93), qui déferle comme un tsunami. Seul un enracinement profond dans l'esprit évangélique et dans le Christ pourra nous permettre de résister.

La deuxième partie propose une lecture théologique de l'amour des pauvres à partir des Évangiles et de la Bible. La conclusion est « simplissime » : « L’appel du Seigneur à la miséricorde envers les pauvres trouve sa pleine expression dans la grande parabole du jugement dernier (cf. Mt 25, 31-46), qui est aussi une illustration réaliste de la béatitude des miséricordieux. Le Seigneur nous y offre la clé pour atteindre notre plénitude. » (DT, 28) L'amour envers les pauvres est d'abord et avant tout l'amour du Christ Jésus qui s'est identifié au pauvre, au prisonnier, à l'affamé,...

Les troisième et quatrième parties nous rappellent, très finement, que l'ADN de l'Église est une double hélice : amour de Dieu et amour du frère s'embrassent pour que nous puissions nous identifier le plus près possible au Christ et à sa double nature. C'est ce que nous apprend l'histoire des communautés et des figures chrétiennes : l'amour envers les pauvres chez les Pères de l'Église (Saint , Saint Chrysostome), les saints (Saint Laurent. Saint Jean de Dieu, Saint François, Saint Jean Bosco, Sainte Mère Teresa) mais aussi dans la diversité des œuvres auprès des malades, des lépreux, des prisonniers, des esclaves, des illettrés, des enfants, des migrants, ...

Le XXème siècle a vu l'émergence de la doctrine sociale catholique, qui a défendu l'option préférentielle des pauvres comme un principe fondamental de l'agir chrétien. Le dernier chapitre est clairement une exhortation à tous les catholiques à ne détourner son visage d'aucun pauvre" (Tobie, 4,7), message choisi pour la journée mondiale des pauvres en 2023. Cette exhortation est facile à lire. Elle réchauffe le cœur, même si elle peut nous mettre mal à l'aise quelques fois. La fin sur l'importance de l'aumône est un petit bijou de simplicité et de bon sens.

À lire et partager sans modération.